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SANGRE DE MI SANGRE ou Les bouchers bienheureux

29/03/2014 | ERWAN DESBOIS | | CINEMA DU REEL
Un cinéaste français part au fin fond de l'Argentine, loin des grandes villes, enregistrer le quotidien d'une communauté Mapuche (les indigènes de cette partie des Andes) dont les revenus proviennent d'un abattoir où ils travaillent « sin patrones », sans patrons. Dans un premier temps, on se demande ce qui a pu pousser à un tel choix de sujet de film. Puis on comprend, et on est content de faire partie du voyage.
Après un générique joliment stylisé qui laissait pourtant imaginer le contraire, Sangre de mi sangre s'engage pleinement dans la voie du cinéma « direct » – image brute, commentaire prohibé, bout-à-bout d'instants captés sur le vif et sans ingérence. Les hommes, femmes et enfants des familles ayant ouvert leurs portes au réalisateur Jérémie Reichenbach vaquent à leurs occupations, ils vont au travail ou à l'église, ils mangent et ils chantent, ils regardent la télévision ou écoutent la radio. Et c'est tout ? C'est tout. Alors qu'une certaine routine s'installe, on cherche ce que Reichenbach veut nous confier, ce qu'il a vu d'intéressant dans ce tableau d'un bonheur simple et paisible... quand en réalité la réponse est cristalline, posée juste devant nos yeux. On ne la voyait pas, car on s'est habitué (à regret, mais à raison aussi) à trouver des drames, des ennemis et des épreuves dans tous les destins que le cinéma, encore plus quand il est documentaire, nous soumet. Prenant le contre-pied de tout cela, Sangre de mi sangre est un film entièrement voué au bonheur de ses personnages.
L'abattoir n'est rien d'autre qu'une source de revenus stables et suffisants pour ceux qui le font tourner
Il ne connaît pas de lutte (elle a eu lieu avant que l'on arrive sur le porte-bagages de Reichenbach), pas de conditionnel(le), pas de hors champ menaçant. Même l'abattoir placé en amorce de notre point de vue est une fausse piste, sans doute la principale. Le réalisateur porte sur ce lieu un regard d'une épatante neutralité, il n'en dit ni bien ni mal. Ce n'est après tout rien d'autre qu'une source de revenus stables et suffisants pour ceux qui le font tourner. Leur détachement tranquille imprègne le film, lequel ne pousse les portes de l'abattoir que de manière très frugale et en passant alors plus de temps dans les bureaux que sur les chaînes d'équarrissage. Le but de Reichenbach n'est pas de nous choquer ou nous questionner – en tout cas pas sur les sujets rattachés à un lieu de travail aussi chargé en symboliques en tout genre –, mais de nous associer à un grand et chaleureux groupe humain. Contrat rempli, puis dépassé au cours des dernières scènes où Sangre de mi sangre intègre à son propos les figures des enfants, et à travers eux le thème de la transmission et de la perpétuation du bonheur intime. L'évidence et la délicatesse du geste (des personnages, du réalisateur) sont telles que le film touche alors du doigt la grâce.

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Article de Sandrine Bonose

Sabrina Bonose
http://lempiredesimages.com/


Je me retrouvai donc à la projection de Sangre de mi sangre, film de Jérémie Reichenbach, en compétition dans la sélection française. Le pitch semblait intéressant mais il y avait quelque chose qui me posait un gros problème... Voyez plutôt : « En Argentine, le quotidien de familles Mapuche dont les hommes travaillent dans un abattoir autogéré ». Devinez ce qui me rebutait... « Argentine » ? « Mapuche » ? Les hommes au travail ? Bien sûr que non ! C'était « abattoir » évidemment ! Moi qui n'ai jamais pu regarder Le sang des bêtes de Franju ou passer devant une boucherie sans des hauts le cœur. Moi qui détourne le regard dès que je vois un reportage avec des animaux dépouillés et éviscérés, j'allais voir 77 minutes de chair sanglante et de bovins hurlant à la mort... Pourtant, je voulais tout de même voir le film à cause des Mapuche et voir comment fonctionnait leur système de coopérative. Il était donc temps de surmonter ma peur des images, la dépasser pour pouvoir ensuite regarder des films que je m'interdisais bêtement. J'avoue que Sangre de mi sangre a été une bonne surprise. Dans sa manière de filmer le quotidien et l'intimité de ces familles Mapuche, Jérémie Reichenbach fait preuve d'une certaine tendresse, créant une vraie proximité avec le spectateur. Entre conversations drôles et engueulades, parades amoureuses et solides liens générationnels, il nous donne presque l'impression de vivre aux côtés de ces personnages grâce à une caméra qui fond doucement dans le décor. Eux-mêmes semblent oublier la présence du réalisateur quand ils se livrent à cœur ouvert les uns aux autres ou quand les amis de la coopérative médisent sur ceux qui se sont moins investis que les autres. Les dialogues sont souvent drôles et les répliques sont bien senties... Mais attendez ! Sommes-nous toujours dans le documentaire ? Une phrase à la fin du film, dans l'intimité d'une chambre à coucher, laisse entendre que les amoureux qui batifolent à l'écran n'ont jamais vraiment oublié la caméra. D'ailleurs, ils savent où est la limite de ce qu'ils donnent au spectateur. Un peu de leurs rêves mais aussi beaucoup de mystère. Les scènes d'abattoir assez rudes viennent ici rappeler la dureté du quotidien dans un mouvement mécanique qui révèle un profond détachement. C'est aussi un lieu de passerelle où les générations les unes après les autres se transmettent une culture du travail solidaire et de l'autogestion. 

 

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